Premier Grand tour du Bocal par Matmute

Nouvelle venue au club, Mathilde (aka Flyin’Matmute) attaque fort son retour dans la région et sa reprise du parapente ! Elle nous livre un magnifique récit plein d’émotions et d’humour de son premier tour du Grésivaudan, le classico local :

2018 : la météo est capricieuse, hiver qui n’en finit pas, coup de chaud suivi de coup de froid, du vent, du vent, du vent… S’il y a bien un sport qui en pâtit c’est le parapente ! Alors en plus quand on n’est pas dispo pour profiter des rares journées volables… eh bien on arrive le 15 Avril, fraîche comme un gardon, avec la petite Rush d’amour qui prend la poussière depuis… depuis quand déjà ?

Coup d’œil au carnet de vol, la dernière fois que j’ai crossé avec la Rush c’était… le 28 Mai 2017 ! J’avais profité du départ de la Dolomity Superfly pour me lancer le défi de quitter le bocal de la Panarotta, s’en était suivi un petit cross magique jusqu’à San Donato di Lamon, peu avant Feltre. Inoubliable. Par la suite, peu de vols, souvent je m’étais pris des buts et avais accumulé beaucoup de frustration. J’avais rangé le parapente, remplacé par chaussons et baudrier. Ma dernière sortie avec la Rush datait donc du 21/10/2017, un vol contemplatif à Col Rodella en compagnie de Grégoire. Pfiouuu ça remonte à loin.

Samedi 14 Avril 2018, vol-rando à Saint Hil avec l’Ultralite4. La satisfaction de redescendre en volant après être montée à pied est incommensurable. Par contre je dois m’y reprendre à trois fois pour décoller et ma confiance est mise à mal. Suis-je retournée à la case débutante ? Déjà le 24 Mars dernier, j’étais montée à Saint Hil avec mon équipement de cross, bien décidée à en découdre avec les éléments (la pause hivernale n’avait que trop duré !!). Je m’étais préparée avec calme, démêlé mes suspentes avec soin, m’était avancée sur le déco avec détermination… Et puis plus rien, les manches à air du déco en miroir, des rafales en veux-tu en voilà, des décollages olé olé et des fermetures comme s’il en pleuvait… J’avais mis la voile en bouchon. Ça va finir par se calmer. Il va finir par y avoir un créneau. Bon, je vais tout de même sortir de ma sellette. Arrête de regarder les autres, va voler toi ! Mouais… une fois accroché aux hauts reliefs, les choses semblaient jouables. Mais pour rejoindre la Dent, il fallait déjà 1/ décoller ; 2/ accepter de se faire tabasser dans la sous-couche merdique. J’ai patienté, j’ai hésité, je me suis ravisée. Quand j’ai replié la voile sur le déco, il était 14h30, j’étais là depuis 10h. J’avais renoncé. C’était une sage décision, « ce n’était pas des conditions de reprises », en parapente « quand on ne sent pas, on n’y va pas », « mieux vaut regretter d’être au sol que d’être en l’air ». Brave petit soldat, je retournais à ma voiture. Je quittais le plateau des Petites Roches en roulant. Seule dans ma voiture, avec la Rush dans le coffre. Je m’étais mise à pleurer. A pleurer sur moi-même, sur ce non-vol, sur cette difficulté psychologique à revenir voler là où j’avais appris avec mon ex compagnon, j’ai pleuré sur ma vie de scientifique, sur ce papier à publier au plus vite, sur ce poste à obtenir… J’ai pleuré tout le reste de la journée, le lendemain j’avais le dos complètement bloqué, voilà. Le parapente ça ouvre des brèches parfois.

Après avoir posé avec l’U4, je m’attarde à l’atterro, il y a pas mal de voiles en l’air et les conditions ont l’air smooth… merdasse ! J’aurais dû prendre la Rush, j’aurais fait mon petit vol de reprise dans un air adéquat (pas de vent météo notable, thermiques plutôt doux). Pas de bol, je suis en mode ultraléger et le labo m’attend .Tant pis, on remettra ça demain. Les prévisions météo sont encourageantes et les mails de mon nouveau club, enthousiastes. Le soir venu, j’étudie la météo, les traces du jour, je commence à imaginer un plan de vol pour le lendemain. Puis je relis les conseils de Tom Payne, ceux de Luc Armant. Je prépare ma sellette, optimise les choses (le ballast, les instruments…), je mange un risotto (sucres lents !) et je me couche tôt.

Dimanche 15 Avril, départ de la maison à 10h, oh mon Dieu il y a déjà quelques barbulles en Chartreuse, je check les balises FFVL, pas de vent météo, c’est presque un miracle de Noël. Je monte au déco Sud en compagnie de Man’s, Clémence, Adrien (sans H) et Artur (sans H également). Un débat enflammé sur l’homéopathie me permet de ne pas trop psychoter par rapport au vol. Ah ! Un détail qui a son importance : aujourd’hui j’ai mis une couche ! jusqu’à maintenant, à part me faire un cul de mammouth ça n’a jamais servi à rien ou plutôt si, à chaque fois que j’en ai mis une, j’avais des ambitions de cross démesurées et j’ai à chaque fois merdé. Est-ce le port de couche porte malheur ? Est-ce que je suis superstitieuse ?? Déco déjà bien rempli, je décide de préparer ma voile pour ensuite assister au briefing du club. J’aurais peut-être dû faire l’inverse, parce que je n’ai pas suivi de briefing du tout mais rencontré pléthore de parapentistes fort sympathiques, mon nouveau club 🙂 les gens mangent et discutent sagement, moi j’ai mangé des œufs brouillés au petit déj, je n’ai donc pas de sandwich et me contente d’une banane, ça devrait être bien suffisant. Les premiers pilotes décollent, ça se passe sans encombre, les manches à air sont heureuses et moi aussi. Je suis prête, j’ai chaud (eh oui, bien couverte pour affronter le froid en vol), je ne peux pas traîner sur le déco, il faut y aller. Je suis calme et déterminée, un membre du club m’étale gentiment mon aile. Yapluka ! J’attends une bouffe et c’est parti.

Décollage sans encombre, c’est déjà une première victoire après mes déboires de la veille. Je ne traîne pas devant le déco, vu les nuages naissants sur les avant-reliefs et ceux qui commencent à s’accrocher sous la Dent, je suis confiante dans les conditions du jour. J’arrive aux Antennes, la frontière Sud du bocal de Saint Hil, j’ai une pensée pour moi, jeune pilote et tous ces vols consignés dans mon carnet avec écrit « aujourd’hui j’ai fait les antennes ! », j’enroule comme une patate, mon Dieu que l’hiver a été long ! Je continue mon chemin, enrouler avec d’autres pilotes me renvoie à chaque fois à mon handicap hivernal, soit. Mais comme dit L. Armant quand on ne sait pas enrouler mais que ça monte quand même, ben on s’en fiche un peu. Je paraphrase et je continue. Arrivée vers Château Nardent, petit à petit je reconnais tous ces points –clé du parcours classique vers le Saint Eynard. Je raccroche pas trop mal, de nombreuses ailes balisent déjà le chemin, certaines plus basses que moi, je les utilise comme des indicateurs, où est-ce que ça monte etc. Au fur et à mesure de ma progression vers le fort, je prends de l’altitude. Quel spectacle, quel plaisir ! Les conditions sont idéales : il faut tenir sa voile mais ce n’est pas non plus du rodéo, le pied. Arrivée au Saint Eynard, le premier objectif du jour, je décide de tenter le Rachais, jamais fait. Il faut bien une première fois ! Sur les traces étudiées la veille, les mecs semblaient se laissaient glisser dessus, reprendre un thermique et rebrousser chemin. En sera-t-il de même aujourd’hui ? J’annonce mon intention en radio, je suis accompagnée de Serge et Artur. Je retiens mon souffle et j’évite de regarder en bas : Grenoble, le centre-ville, la Bastille !! Faire abstraction et se concentrer sur ses sensations. Je vole sur des œufs, mon corps entier est un variomètre géant. Le temps est suspendu, presque en apnée, j’enclenche mon virage, je retiens mon souffle. Le vario bip, j’ai trouvé la pompe qui me ramènera à la maison 😀Je suis rejointe par Artur et Serge, j’enroule peut-être carré depuis le début du vol mais là, mon Amour des petites conditions m’a sauvé les fesses d’une vache en perdition. Joie et soulagement, je repars vers le Nord. Rachais : c’est fait !

Retour tout en cheminement, quand j’arrive aux abords du bec Charvet, je rate le cycle et perd Serge. Un voile passe et je me mets en standby, hélàs je perds de l’altitude et je commence à flipper de m’enfoncer, je quitte la Combe par devant. Je sais que je perds du temps mais je pense surtout à me sortir de ce faux-pas. J’enroule à l’école d’escalade. Je prends une voie peu classique pour rejoindre la Dent. D’abord en soaring, patience, patience, patience ! On m’indique à la radio que ce n’est pas la voie classique pour rejoindre la Dent. Je fais les essuie-glaces dans un solide +0,2 ( !), je ne vais quand même pas lâcher l’affaire ! Petit à petit, ma méthode Coué fonctionne (« à 20 mètres/sol, t’es encore en vol », « ça va le faireça va le faire… »), je raccroche alors le thermique sur le pilier Sud. Que c’est bon d’enrouler ici ! Je rejoins les oiseaux et les nuages, grosse grosse victoire pour moi qui n’en menais pas large après ma merdouille d’approche à la noix. Erreur réparée, j’avance vers le Nord, pas trop collée aux reliefs, mais plutôt en bordure de nuage, pas envie de tâter du caillou ni de me faire aspirer, pas folle la guêpe ! ça marche super bien jusqu’à ce que, surtout par manque d’attention, je me retrouve avec zéro nuage au-dessus de ma tête et l’impression d’avoir le cul entre deux chaises :S d’un côté les hauts reliefs où les gens naviguent sans souci, de l’autre les crêtes de devant, qui semblent quand même fort basses…et moi au milieu ! Je commence à jouer les moustiques, je vois des barbulles, d’où partent-elles ? Je cherche les zones de contraste… ça ne marche pas des masses, je me retrouve à radasser avec deux autres voiles, allez à trois, on va bien finir par trouver quelque chose. Je tourne d’un côté, tourne de l’autre, rien. Merdouille, la Mentor s’en est sortie, elle ! Je commence à être basse et décide de suivre la Nevada sur les avants-reliefs, au pire ils m’aideront à rentrer sur Lumbin. Tiens tiens, mais ça monte par ici « celui-là, tu le lâches pas »me dis-je ! C’est bingo, avec application et détermination, j’enroule ce thermique salvateur qui me ramène vers les hauts reliefs, back in the game baby !! J’avance en suivant la crête, l’intérieur de la Chartreuse est de toute beauté, sans parler de la dentelle minérale qui forme le relief que je suis amoureusement. Plaisir des yeux, « luxe, calme et volupté ». Mon objectif est d’atteindre le Granier (jamais fait) mais au fur et à mesure de ma progression, non seulement il m’apparaît plus loin que ce que j’aurais imaginé et en plus, je ne sais pas trop comment le rejoindre. J’imagine qu’il faudrait basculer en face Ouest mais je ne sais pas où et je ne suis pas trop confiante à l’idée de m’enfermer dans le massif.

Comme mon objectif suivant est également la transition Chartreuse-Belledonne et que je commence à me tortiller dans ma sellette à cause d’une envie pressante… le temps d’enrouler un thermique qui m’emmène à 2050m, ma décision est prise. Pas de Granier mais un départ pour traverser vers le Saint Genix. J’annonce mon intention en radio, j’apprends alors que je suis accompagnée de deux pilotes du club qui volent en Niviuk, des ailes jumelles même si celle devant moi semble flambant neuve alors que celle derrière moi a ses couleurs lavées par les UV. C’est rigolo d’être entourée de cet escadron, et je me détends. Je profite donc de la transition – pour faire pipi (truc de ouf gueudin sa mère la teupuh en slip à maillot de bain), – boire un coup, – manger une compote. Ensuite, je croise les bras sur la poitrine genre «Seiko Fukuoka » et je pousse le barreau. Advienne que pourra ! J’arrive relativement haute sur le Saint Genix (1250 m), et je parviens tout de suite à accrocher quelque chose, je ne suis pas seule dans cette masse d’air ascendante et de nouveau (en tout cas depuis le début du vol !!) les mecs se refont bien plus vite que moi. Je serre les dents (d’habitude la montée dans le thermique c’est MA spécialité) aujourd’hui, il faudra accepter la triste vérité, je suis rouillée et je dois réapprendre à enrouler. Mais bon, tant que ça monte, on s’en fout puis je me dirige vers les montagnes enneigées, majestueuses dans leur manteau blanc. J’aperçois Allevard et son lac. Petite pensée émue : c’est là que j’ai fait mon stage init’ à l’automne 2011 :’) je m’avance vers le Sud, les paysages sont grandioses et j’exulte, dans ma tête ça tourne en boucle « tu l’as faite, tu l’as faite !! » première fois que je quitte le massif de la Chartreuse pour raccrocher une montagne voisine, et en plus ça l’a fait sans trop de difficulté, je suis aux anges ! Je voudrais prendre la radio pour crier ma joie et mon bonheur mais comme dirait Yann Martail à la radio, en vol, il faut rester dans l’information plutôt que dans l’émotion. Donc je garde ma macarena cérébrale pour moi, et je m’enquis plutôt de comment on fait pour rentrer sur Saint Hil. Bah oui, parce qu’avec tout ça, je commence à être bien fatiguée par ce parcours tout nouveau pour moi, et à avoir envie de retourner à mes pénates. Je voulais faire le Rachais, c’est fait, aller vers le Granier, presque validé et partir en Belledonne, mission accomplie, j’ai bien mérité d’aller poser 🙂 les mecs en radio me rassurent, j’ai bien assez de gaz pour boucler.

J’aperçois la station des Sept Laux, j’enroule encore un peu (toujours assurer, on ne sait jamais), je dis au revoir au massif des Belle Donne, les jolies femmes et je mets le cap sur Lumbin. Bon ! Et là, quand même je me laisse aller à un petit mot en radio, faut dire que je suis tellement heureuse ! J’arrive plus à me retenir ! Merci le Club St’Hil’Air ! Je laisse éclater ma joie ! Pour une remise en jambe avec la Rush en mode cross, je ne pouvais rêver mieux !!! Je pose à l’atterro officiel, il y a cette douce lumière, les gens qui plient, ça papote, ça débriefe, je n’en reviens pas du tour que je viens de réaliser, tellement inespéré pour moi ! J’embrasse ma Rush, j’ai une de ces bananes ! Par contre, je fais moins ma maligne avec ma couche mouillée, je n’ose pas retirer ma sellette de peur d’avoir le pantalon trempé. En fait non, la couche a fait le job (glaaaamoouuur !) et je file vite aux toilettes pour me changer. Comme la pilule pour les femmes dans les années 70, pouvoir faire pipi en vol, c’est ma libération féminine à moi ! Ça change la donne !

Récapitulons : premier vol de l’année. Premier Rachais. Premier pipi en vol. Première transition. Et retour à la maison. Et puis en pagaille : voir Grenoble de plus près, enrouler avec les chocards, se sauver d’un point bas, admirer les paysages entre neige et vert sapin, apprécier la lumière déclinante sur l’atterrissage de Lumbin, une bière à la main… Le parapente c’est ça et bien d’autres choses encore ! Well-done Flyin Matmute et à très vite pour de nouvelles aventures !

La trace du vol : https://parapente.ffvl.fr/cfd/liste/2017/vol/20232287

Mathilde

PS : après ce vol incroyable, j’ai enchaîné sur un stage cross filles où j’ai de nouveau fait un vol de ouf (!) en réalisant le tour des Bauges en joyeuse compagnie au départ de Marlens. Là encore un savant cocktail d’émotions, de paysages et de thermiques fumants. Vive le vol libre, et… vivement le prochain cross !

 

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